Le petit Liban, meurtri et bombardé, nous prouve qu’il est possible d’abolir la peine de mort!

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Tribune parue dans Avvenire – 11 août 2026
par Mario Marazziti

Le Parlement a modifié à une large majorité un article du code pénal qui régissait la procédure menant aux condamnations à mort. C’est donc possible. À une époque où la diplomatie a disparu, où la guerre fait la guerre et où les partis pacifistes sont mis hors-la-loi, le bon sens commun qui faisait dire à tous que la mort d’enfants et les morts massives de civils constituent toujours un mal insupportable s’est évaporé. À une époque où la conscience qui a donné naissance aux Nations Unies – créées pour rendre impossible le « fléau de la guerre » – semble s’être évanouie, alors que l’Europe paraît « trop faible » et « trop divisée » pour mettre fin à la guerre à l’Est et aux autres conflits, le petit Liban, meurtri et bombardé, abolit la peine de mort.

Le Parlement libanais, à l’initiative d’un député qui nous est inconnu, Abdurramàn al Bizri, mais dont il vaudra la peine de se souvenir, a modifié à une large majorité un article du code pénal, a abrogé l’article 43 et supprimé les articles 420 et 424 qui régissaient la procédure menant aux condamnations à mort. La coalition politique dirigée par le Hezbollah n’a pas pris part au vote, mais ses membres n’ont pas voté contre : ils ont quitté l’hémicycle.

Un parcours qui fait écho et s’oppose à celui observé au mois de mars en Israël, où le Parlement israélien a rétabli la peine de mort par pendaison, en secret, pour les crimes de terrorisme, et uniquement à l’encontre des Palestiniens. La peine de mort est un révélateur du niveau de civilisation d’un peuple. Et un miroir de ce que nous sommes ou de ce que nous devenons. Dans Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde nous a laissé des pages inoubliables sur un miroir terrible, qui révèle l’âme. Et ici, il y a un miroir à deux faces, dans la même guerre, dans la même poussière, sous les mêmes missiles. D’un côté, une justice qui choisit de toujours respecter la vie, même celle des coupables potentiels. De l’autre, la mort comme vengeance d’État, à sens unique, brutale, comme s’il ne s’agissait plus d’êtres humains. Le discours dominant pousse dans cette direction. Même la Jordanie voisine, après environ dix ans de pause, est revenue aux exécutions de masse, avec six condamnés exécutés pour des crimes de terrorisme ou de trafic de drogue. J’en avais parlé à Paris, il y a deux mois, avec le ministre libanais de la Justice, Adel Nasar, et il y a quelque chose de presque prodigieux à ce qu’à une époque et dans une région où les divisions sont si profondes, ils aient décidé – et si rapidement – de s’adresser au monde et au Moyen-Orient de cette manière. On a grand besoin du Liban, et d’un Liban comme celui-là.

Alors, c’est vraiment possible. On peut réfléchir, alors qu’on est en pleine guerre, à la manière d’y mettre fin, à la manière de ne pas glisser par inertie vers la déshumanisation, en invoquant des légitimes défenses qui ne tiennent pas la route, alors que la force est tellement asymétrique. La justice. Pas de vengeance. Avant le vote final, les députés avaient entendu le témoignage d’une femme courageuse, Antoinette Chahine, qui porte sur son corps les traces des tortures subies pendant les cinq années qu’elle a passées, alors qu’elle était innocente, dans les couloirs de la mort libanais. Elle avait été condamnée sur la base de deux témoignages extorqués sous la torture. Cela arrive souvent. Aux États-Unis, Jermaine Wright, âgé de 53 ans, a été définitivement innocenté – exonerated – la semaine dernière. Il avait été condamné à mort pour un crime commis alors qu’il avait 18 ans : c’était un toxicomane qu’il fallait aider à sortir de sa dépendance et non un meurtrier ; il est devenu le 203e « innocenté ». L’Innocence Project a démontré que, dans plus de 70 % de ces 203 cas, la condamnation à mort reposait sur plusieurs témoignages oculaires et des aveux signés : presque toujours les deux à la fois.

Ce petit pays qu’est le Liban nous offre une leçon de résilience et de culture de la vie qui vaut également pour notre propre pays.